Des débuts difficiles

Un premier vol la peur au ventre

Un lecteur, Jonathan Barthelme, aujourd’hui très bon pilote, nous raconte ses difficultés et ses peurs à ses débuts.


5 ans que je vole. Sans prétentions et sans jamais avoir réalisé de cross de 100 km, mais récemment, grâce à de bonnes conditions météo et un changement de mentalité, j’ai pu enchaîner en quatre jours: 172 km en triangle plat, 205 km en triangle FAI puis 155 km en triangle FAI. Une vraie satisfaction venue récompenser un engagement autant mental que physique. Du coup, je me suis remémoré mes débuts… qui ont bien failli me faire arrêter aussitôt le vol libre. Le récit de cette expérience de vie pourrait résonner chez d’autres parapentistes…

Mon premier stage de parapente
Un intérêt soudain pour le monde du vol libre et je m’étais mis à regarder les stages  »initiation en parapente ». Habitant Strasbourg, je découvrais que nous avions un beau site de vol au Markstein. J’ai d’abord essayé d’embrigader quelques copains, mais sans succès. Quelques mois s’écoulèrent et un jour je me décidai. C’était en mai 2016 et, seul, je pris la direction du Centre Ecole Markstein… pour y découvrir ce qui allait devenir ma passion. Les autres stagiaires étaient plutôt jeunes. Vint le Grand Jour, celui où l’on doit mettre en application les acquis de l’initiation en faisant le premier Grand Vol. Je me rappelle du stress. C’était un petit matin sans vent, les ailes s’étalaient sur le décollage de Siebach réservé aux débutants. Une petite colline haute de 200 mètres. Une manche à air, du vide devant nous… L’instructeur nous donnait des repères sur le cap à suivre, et donnait l’ordre des participants au Grand Dépucelage. Chacun mettait alors son cerveau sur  »off » et se laissait guider à la radio qui diffusait un crachouillis entrecoupé d’instructions trop fortes venant d’abord du moniteur posté au décollage, puis du moniteur resté à l’atterrissage. Pleinement radio-commandé, ce premier vol ouvrait pour ma part le goût de la dépendance.
A la fin du stage, je savais que cette activité allait devenir pour moi une passion, une manière de penser, un style de vie. Je me lançai donc aussitôt dans la recherche de matériel et trouvai rapidement une occasion qui me sembla parfaite.

Premier vol solo
Un ami volant vint me chercher pour aller voler le jeudi matin en air calme et partager avec moi, sur le trajet, ses connaissances aérologiques et ses expériences d’ancien deltiste (depuis, il avait opté pour le parapente). Plus on discutait plus je me rendais compte que je n’y connaissais rien. Nous arrivons sur le site et je me sens à la fois tout excité et légèrement fébrile. Mon ami me donne les conseils de base. On passe d’abord par voir l’atterrissage. Je découvrais une quantité d’informations dont je n’étais pas conscient lors de mon stage (cerveau en mode off). L’heure tournait, et avec l’ensoleillement les conditions se renforçaient. Mais tout cela je l’ignorais encore. Pendant notre montée au décollage, mon ami m’explique les différentes disciplines du parapente : marche et vol, vol montagne, cross, Précision d’Atterrissage, Acro, etc… J’étais loin de m’imaginer tout ça.

Porté par ses paroles et perdu dans mes pensées, je me retrouvais soudain sur le décollage de Breitenbach, belle pente douce en herbe. Je me préparai sous l’oeil de mon camarade, procédant méticuleusement comme je l’avais fraichement appris. Aussitôt prêt je m’élançai. Il était déjà 11h. A peine assis dans ma sellette, je découvrais fébrilement que le sol se dérobait laissant place à l’altitude. Pour moi ce n’était que du vide ! Et bientôt cette sensation du vide allait s’emparer de moi comme une angoisse grandissante : que faisais-je là, assis au milieu du vide, avec un bout de tissu au-dessus de la tête ? Une seule chose m’obsédait : descendre ! Oui mais comment ? Un passage en air turbulent aura suffi à me crisper et à cristalliser mon cerveau. Heureusement, le sol se rapprochait et je me disais que c’était bon, j’allais m’en sortir ! Pris dans cet étau de peur, je n’ai pas profité du vol, je l’ai même détesté, je me suis détesté. Mais pour l’heure, ce qui comptait était d’atterrir sain et sauf ! J’arrivai à me placer face au vent, dans une trajectoire qui aurait convenue parfaitement si le sol avait été plat, mais il était en pente et se dérobait à chaque mètre. Et le bout du terrain était bordé d’arbres et de clôtures ! J’abaissai une commande sauvagement pour tourner sec et me posai enfin, travers pente, sur mes pieds, en douceur. Beaucoup de peur et pas de mal. Et je pensai alors : le parapente c’est fini pour moi !

Introspection sur ce premier vol solo

Passé la sidération de cette première expérience, je me refis le film de ce premier vol autonome. Il me fallait tout comprendre, j’avais des tas de questions, mais je ne savais pas à qui les poser. Je décidai de reprogrammer un stage de progression, en juillet 2016. Dans l’intervalle, j’apprivoisais la bête en allant faire du gonflage sur des terrains plats. Bientôt je me sentis totalement à l’aise avec mon aile.

Je remercie le ciel de n’avoir pas été découragé par cette sensation hors du commun que m’avait procuré ce premier vol solo. En visionnant les vidéos de mes vols lors du stage progression en juillet, j’ai pu voir que les incidences qu’avait pris mon aile étaient anodines et bénignes.

J’ai compris alors comment la peur pouvait amplifier tout vécu. Lorsque la peur nous submerge, elle peut être source de mise en danger. La sérénité pour ma part, passe par la compréhension. Un monde intelligible est un monde prévisible, et cela dépend de notre maîtrise. J’ai vite compris que plus j’en saurais, moins j’aurais peur. J’ai trouvé avec le parapente le moyen de mieux me comprendre, et cela impacte désormais tous les aspects de mon existence.

Il existe un laps de temps plus ou moins court entre les mécanismes de compréhension de la peur et son apaisement. Par la suite, dans ma vie de parapentiste, j’ai eu affaire deux autres fois à une reviviscence de ce sentiment si intense de mort imminente. Toutes relativisées, ces expériences étaient directement liées au manque d’expérience et de maîtrise et à l’absence totale de compréhension. L’apprentissage du parapente passe par la patience !
Barthelme Jonathan
jonabart@hotmail.fr